Shapership, une « Utopie en Action »
De la Nostalgie à l'Érotique du Futur
Le Shapership est l'Art de donner forme au(x) Futur(s). Une capacité vitale à « déplacer » les perspectives et à « façonner » la Réalité, pour rendre visibles, désirables et actionnables des Futurs radicalement différents.
Au fond, c'est une manière créative de regarder ce qui est ET ce qui pourrait être, en parfaite conscience que « l'œil ne voit que ce que l'esprit est prêt à comprendre ».
Comme manière d'être, le Shapership invite à adopter l'« Altitude Attitude » et à ouvrir la « Boussole de l'Âme » (une intégrité de l'être).
Comme manière de faire, le Shapership tire sa puissance de l'articulation de trois éléments très simples
- La Résistance Créative : le Grand NON. Voir le statu quo et lui résister, s'échapper de la caverne de Platon et rendre visibles les a priori.
- La Vision Transformatrice : le Grand OUI. C'est le « I have a Dream » ; nous l'appelons le Fosbury Flop de l'Esprit, pour rendre visibles et désirables des Futurs radicalement différents.
- L'Expérimentation Anticipative : le « Comment » créatif, qui consiste à co-façonner de nouvelles réalités, à « jammer ensemble autour du désir ».
Voici un extrait de notre Livre
Penser « radical » et créer l'« Érotique du Futur »
L'Attitude Shapership est radicale (un « Grand NON », un « Grand OUI ») au sens du « retour aux racines », de l'aller à l'essence. Il s'agit de penser Grand et Radical. Cela implique davantage que « créer des possibilités de Futur » : il s'agit de prendre position pour des « possibilités de Futurs radicalement différents », fondées sur des visions du monde et des valeurs complètement différentes.
Pour le Shapership, l'histoire du Futur n'est pas une version « améliorée » ou corrigée du Présent. La Vision Transformatrice crée une « perturbation du Présent », parce qu'elle est une pensée de la différence radicale. C'est un GRAND OUI à une version radicalement nouvelle de ce qui pourrait être. « Un nouveau modèle qui rend obsolète le modèle existant ». Au lieu d'essayer de « résoudre le problème », l'attitude Shapership conduit à inventer des manières de le « dissoudre ».
Le Shapership implique d'« ouvrir de nouveaux chemins vers le Futur », de « défricher quelque chose », de « rêver un impossible rêve », d'« ouvrir de nouvelles pistes dans la jungle des représentations ». En bref, de déplacer ce que les gens croient possible, dans un domaine qui résonne avec leurs Espoirs et leurs Aspirations.
L'Essence du Shapership, c'est le type d'Espoir et de Désir qu'il génère. Le type de Futur que les Shapers donnent à voir parce qu'ils l'ont vu ! Un Shaper est en réalité ce que nous pourrions appeler un « I Opener », un « Eye Opener », un « Eye Hopener » et même un « High Hopener ».
Par sa radicalité, la Vision Transformatrice a le pouvoir d'une Utopie.
Comment ? Voici l'une des pensées d'Edgar Morin que nous (Aline et Jean-Louis) portons dans notre cœur depuis longtemps :
« L'utopie est à la fois ce qui peut changer la réalité et ce qui est incapable de la changer. Le réalisme est à la fois lucide et aveugle. »
Cela implique que l'Utopie, en tant que pensée de l'« impossible » et de la différence radicale (autre lieu, autre temps, autre espace), peut avoir un effet sur la Réalité, à condition de s'entendre sur le sens de ce mot.
Ce qui décrit le mieux la force de l'expérience utopique, c'est une expression qui vient de Habermas : le Futur comme perturbation du Présent. [1] Elle crée une fissure dans l'« imaginaire ».
L'Utopie peut être vue comme la possibilité d'une rupture radicale avec un Futur prédit et colonisé, par opposition à la croyance en un changement impossible.
L'Imagination utopique ouvre de nouvelles possibilités, ou plus précisément elle ouvre la possibilité de nouvelles possibilités, radicalement différentes. Et donc, parce qu'elle nous sort de cette incapacité à imaginer un Futur différent, elle nous sort aussi d'un possible « enfermement » dans un Présent assigné à une identité figée.
Une Vision Transformatrice a le même pouvoir de changer la Réalité. Parce qu'elle éveille le désir.
Il existe un « Désir nommé Utopie ». [2] C'est le Désir du Futur.
Une Vision Transformatrice offre une « représentation » du Futur qui permet aux autres de le voir, d'y croire et d'y aspirer. Et même de le défendre. Quelque chose peut nous appeler vers ce Futur. Quelque chose en nous crée le Désir d'avancer. C'est ce que nous avons appelé l'« Éros » du Futur.
Pour moi, la question n'est pas de savoir si nous sommes sûrs que le futur sera meilleur, la question est de savoir si l'avènement d'une nouvelle barbarie est possible. C'est l'histoire de la lutte entre ceux qui sont pour l'union, la démocratie, la fraternité, et ceux qui sont pour la destruction et la dislocation, les forces d'Éros contre celles de Thanatos. J'ai choisi Éros. Prenons parti pour les bonnes forces car, quoi qu'il arrive, nous maintiendrons ainsi de petites oasis, des îlots de résistance. De petites lanternes s'allument dans la nuit ; je ne dis pas que tout va s'illuminer, mais c'est bon signe.[3]
En ouvrant des Futurs « radicalement » différents, la Vision Transformatrice porte une impulsion utopique, au sens où Ernst Bloch pose qu'une impulsion utopique gouverne tout ce qui, dans la vie, est tourné vers le Futur.
Une Vision Transformatrice, un « Grand OUI » radical, consiste à faire des trous dans le Temps, l'Espace et la Matière pour laisser entrer la lumière de l'Espoir.
Or, comme le disait Einstein, « un seul rayon de lumière suffit à éclairer une pièce sombre ».
Cette lumière nous fait donc aussi mieux voir la « prison » actuelle : elle transfigure radicalement le Présent. Elle est une trace du Futur qui nous envoie des messages pour changer notre Présent.
Le Grand OUI, c'est cette pensée et cette prise de position émotionnelle, portée par l'âme, en faveur d'un Futur radicalement différent, dans le Temps et l'Espace, qui met en lumière des pans entiers de la Réalité présente, comme si le Présent était l'ombre du Futur. Avoir vu d'autres possibles avec les lunettes du Futur nous fait voir, penser et ressentir le Présent différemment.
Le Présent devient un lieu de Résistance. Il se crée un « devenir révolutionnaire », pour reprendre l'expression telle quelle en français [4]. C'est un désir, un besoin, une prise de position pour résister au Présent. Une attitude qui est loin d'être une capitulation devant le Présent ; au contraire, c'est un cliquetis de chaînes secouées par des hommes en train de se libérer de la caverne de Platon, une intense préparation spirituelle à un Futur à venir. À condition, bien sûr, qu'ils soient capables d'entendre et de CROIRE qu'un autre monde est possible, au lieu d'y voir « une vérité qui dérange ».
Résultat : simultanément, cette pensée radicale crée une attraction pour le Futur et une résistance au Présent.
NO WHERE - NOW HERE
Pour paraphraser un jeu de mots de Gilles Deleuze, philosophe français, à propos d'Erewhon, la fiction utopique de Samuel Butler, anagramme du mot anglais Nowhere (nulle part), qui peut se lire de deux manières [5],
- Nous avons la vision d'un Futur alternatif auquel nous pourrions « aspirer » : NO WHERE (hors lieu)
- Simultanément, elle jette une autre lumière sur le Présent actuel auquel nous pourrions vouloir « résister » : NOW HERE !
C'est ainsi que le Futur devient la cause du Présent. Le Futur qui n'est « nulle part » (No Where) devient un lieu de Désir « ici et maintenant » (Now Here).
C'est ainsi que le Shapership associe le courage de la Lucidité à la force de l'Imagination.
C'est là l'aspect véritablement révolutionnaire de l'impulsion utopique que le Shapership incarne : c'est par son radicalisme créatif qu'il renforce l'articulation entre le Grand NON et le Grand OUI.
- le Grand NON : le refus du Déjà-là, de « la » seule bonne voie, la photo en négatif d'un Présent inacceptable. La conscience des choses absolument révoltantes et qui ne devraient pas exister
- et le Grand OUI : un Au-delà, un « Kann sein » comme disait Ernst Bloch, un « Peut-être qui peut être » [6], une alternative radicalement différente, orientée vers l'accomplissement de souhaits historiques et collectifs, et qui porte donc l'espoir de personnes plus ou moins nombreuses, dans un contexte historique donné. La conscience de ce qui est absolument désirable et pour quoi nous sommes prêts à tout traverser.
L'« Érotique du Futur » naît de cette double posture. Elle bouleverse radicalement le « Théâtre de l'Esprit » et même le « Théâtre de l'Âme ».
Cette double attraction peut conférer la densité de la Passion, et le pouvoir d'agir collectivement vers une « Vision Transformatrice ». C'est un désir enraciné dans l'Amour, la Dignité, la Noblesse, la Beauté, la Grandeur, la Joie, la Compassion et l'Interconnexion. Autant d'éléments qui rendent la Vie désirable, exaltante et pleine d'Espoir.
L'Espoir est peut-être le meilleur chemin. Il est le contre-récit de tous les éléments qui alimentent les « Forces de Régression » : la Peur, le Déni, le Désespoir, la Résignation et le Cynisme.
« L'espérance est une dimension de l'âme, et non une évaluation objective d'une situation. L'espérance n'est pas la conviction que quelque chose finira bien, mais la certitude que quelque chose a un sens, quelle que soit la façon dont cela tourne. »[7]
En ce sens, le Shapership nous permet d'échapper à toutes les formes de raisonnement où la Réalité est « une excuse pour ne pas faire ». Paradoxalement, le « Réalisme Capitaliste » actuel (cette incapacité à imaginer un Futur différent) augmente, plutôt qu'il ne diminue, l'attrait et l'utilité de ces « Visions Radicales ».
Ces grandes pensées rendent possible de penser la Rupture avec le Présent lui-même, plutôt que l'« éternel » et désespérant « plus de la même chose ».
Ces « pensées de l'impossible » possèdent une force disruptive radicale : la radicalité de la rupture ouvre la brèche vers le Futur et met en mouvement l'imagination transformatrice.
Seule une Pensée radicale, seule une Pensée super-créative au point de penser l'impossible, peut ouvrir une porte latérale par laquelle une Vision Transformatrice peut s'engouffrer et créer l'Érotique du Futur.
Cela résonne-t-il en vous ?
La suite dans le Livre
