Soudain, en plein conseil d'administration, la porte s'est ouverte et une petite fille a demandé : « PAPA, C'EST QUOI L'AMOUR ? »

Moments de vérité

Le président s'est levé et a dit : « Mesdames et messieurs, nous allons devoir reporter notre réunion à demain matin. Ma fille vient de me poser une question cruciale. »

Dans la salle du conseil, tout le monde était stupéfait ! Puis ils ont quitté la pièce.

J'écoutais cette histoire inoubliable racontée par la petite fille (devenue femme) en question. Des larmes coulaient sur ses joues. Sur les miennes aussi ! C'était à la fin des années 60, dans son appartement de New York, et je n'ai jamais oublié l'une des Histoires d'Amour les plus émouvantes qu'il m'ait été donné d'entendre !

L'Amour en action

C'est ce que j'appelle l'Amour en action. Peu importe ce que le père a dit à sa fille au sujet de l'amour : il lui avait déjà répondu, par son geste. Il lui avait montré que l'Amour est plus important que les « importantes » réunions de conseil qui se tiennent à huis clos.

Maintenant, quel aurait été le message, selon vous, si le père avait dit : « ma chérie, je suis très occupé et je te propose de remettre ta question à demain, parce que j'ai cette réunion et ensuite un dîner avec des clients importants. »

Ou quel aurait été le message s'il avait écouté la chambre d'écho conventionnelle, où des voix disaient : « Voyons, sérieusement, ce n'est pas une gamine qui va interrompre notre réunion ! D'accord, elle pose des questions existentielles, mais bon, on fait du business ici. Elle peut attendre. On n'interrompt pas une réunion pareille, avec des gens importants qui font des choses importantes. »

 Moments de vérité

Je crois que la Vie nous offre des « moments de Vérité ». Dans ces moments, nous devons être fidèles à nous-mêmes, à nos intuitions, aux émotions profondes et à l'affection que nous portons aux gens. Autrement dit, nous devons être fidèles à la VIE plutôt qu'aux « règles, ordres, conventions, statuts, apparences.

Je crois, comme Charles Handy, que nous devons oser « L'âge de la Déraison », une période pour de l'imagination téméraire aussi bien dans la vie privée que dans la vie publique ; pour penser l'improbable et faire le déraisonnable. »

C'est ce que j'appelle oser la Sagesse Hétérodoxe, quand elle mène à une plus grande « Sagesse ».

Chaque jour, dans nos vies, ces moments de vérité surviennent. Parce qu'un ami, une femme, un enfant, un voisin nous pose une question aussi importante POUR EUX que « c'est quoi l'Amour ? »

Cela arrive aussi (ou arrivait) dans le monde de l'entreprise.  Parfois, au cours d'une réunion, quelqu'un demande : « Pourquoi faisons-nous cela » ? Ou « pourquoi ne faisons-nous PAS ceci ? »

Je me souviens d'un dessin humoristique dans lequel un employé entre dans le bureau de son patron et demande : « Quel est le sens de notre entreprise ? » Suit un très, très long silence et, en bas de page, le patron répond : « Vous êtes viré ! »

Ces questions sont d'une importance cruciale.

Elles ont besoin d'un espace pour être entendues, parce qu'elles sont un signe d'intelligence dans un monde qui en a besoin. Elles sont une manière de résister à la marche « normale » des choses. Elles bousculent nos idées et nos dogmes sur ce qui « devrait » être fait.

Nous avons de bons amis, des professionnels très respectables, qui ont osé ouvrir une porte pour poser ces questions. La plupart ont été licenciés ces derniers temps. C'était leur moment de vérité.

Parce que malgré le discours sur l'« entreprise libérée », l'espace pour ce type de question semble s'être rétréci. Trop de pression, trop de peur, trop de besoin de certitude.

C'est ce qu'un article formidable appelle la « Stupidité fonctionnelle » [1]

« Nous soutenons que la stupidité fonctionnelle prévaut dans les contextes dominés par l'économie de la persuasion, qui met l'accent sur les images et la manipulation symbolique. Cela donne naissance à des formes de management de la stupidité qui répriment et marginalisent les doutes et bloquent l'action communicationnelle. » 

À une époque où un discours non pollué par le « bullshit » fait figure de surprise, il est plus nécessaire que jamais de résister à la stupidité fonctionnelle : questionner les évidences, les approches routinières, la Sagesse conventionnelle qui nous mènent à de multiples désastres.

En réalité, il y a un impératif : résister et échapper à tout ce qui nous maintient dans nos « prisons mentales » : le Déni, l'Ignorance, le Dogmatisme, le Conformisme, le Fatalisme, le Rationalisme aveugle.

Alors, écoutons les « vraies questions » qui se posent autour de nous.
Plaçons la Vie au-dessus des idées sur ce qui est censé être normal.

 

[1] A stupidity-Based theory of Organisations, Mats Alvesson et André Spicer, Journal of Management Studies, 2012